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Fish & Chips with Parsley sauce

mercredi 2 février 2011 , par auteur Sylvain Marchand

Avec, entre autre, Pierre Claude Loyal, Susan Boyle et Corinne Judex.

Variety at the atelier 231

Une revue de cabaret, des rideaux rouges à franges, le public en frontal, rien ne manque. — risque de déjà vu ? — Voyons voir, ça démarre… C’est fulgurant, virtuose et ça possède un je-ne-sais-quoi de goût british. Ah oui ! ça gigote comme une gelee au red bull. Jango Edwards doit être planqué sous l’évier. Le public décolle au quart de tour, moi itou (j’en ai même repris une fois).

En sortant j’enchaîne avec le mystérieux Total crêpes participatif : Fred Tousch, hâbleur talentueux, abreuve le peuple de sa faconde torrentielle et de chocolat chaud. Face à lui, voyez l’échafaudage : 355 crêpes slurpées en 43 minutes. — Ici on sait parler aux jeunes —

Au bar, rencontre spontanée entre des ados et les surdoués du Variety, les questions fusent drues. Mathilde, la barmaid, traduit avec bonhomie. Le fat boy de la compagnie, magnifique bête de scène, attire toutes les attentions. Un gamin est en extase devant lui : vous êtes de vrais anglais ? vous habitez vraiment en Angleterre ? Le groupe passe en revue les différentes parties du show. On parle du numéro de jonglage d’assiettes. Le gros dit en français d’un air réellement affligé : « il y a eu une assiette cassée ‘jourd’hui ». Les jeunes questionnent Mathilde à propos de son anglais parfait, puis enchaînent sur le fonctionnement de l’Atelier 231. J’en connais qui ne regarderont plus leurs verbes irréguliers d’un œil torve.

Judex VS Carmen

17h30, file d’attente du Carmen Opéra clown ; 1/3 du lectorat Télérama de la Créa, une bande de 10-12 ans qui fileront garnir les premiers rangs (on sent les moutards du cru rodés aux festivals), quelques récentes parturientes à poussettes, des quinquas en RTT. J’écoute et prends note :
- C’est gratuit ?
- oui, c’est comme vivacité
- Ah c’est génial mais — euh — c’est qui-qui paye ???? — euh bah, nous — les zimpots — ah, ça sert à çà, c’est cool

Nous rentrons, j’observe mes congénères. Appuyé contre un mur, un élégant spectateur vétu de noir est coiffé d’un chapeau très hype, modèle « Judex » (version Franju, car dans le film de Feuillade, le galure n’a pas les bords plats). Pratique, le titre ne cache rien du contenu du spectacle. Quatre en scène, trois portent le spectacle, dont deux pétulantes Carmen, une grande, cartoonesque ; une petite tarantinesque. Le visage de la grande me dit quelque chose, une question me vient : pourquoi la distribution ne figure pas comme au théâtre sur les programmes ??? Les enchaînements filent bon train. la petite Carmen se fait lascive. les mômes du premiers rang, bouches bées, reluquent. Judex regarde régulièrement sa montre.

Les poussettes, on ne me la fait pas, cachaient quelque chose : et au milieu du grand air de Carmen, vagissement bambinesque, maman met bien deux minutes avant de prendre la décision de sortir.

Les mômes interpellent Don José qui tente de séduire Carmen : « Tu vas galérer !!! » L’intéressé de répondre du tac au tac et en voix de tête : « COMMENT ÇA, JE VAIS GALLLLLLÉRER !!! »

Retour peu discret de maman et de son bambin qui maintenant babille. L’énamourée dérange 20 personnes car elle VEUT retrouver SA place. Une fois installée elle passera le reste du spectacle à faire sauter bébé dans ses bras, le dévorant des yeux. Miam. Sur scène, dans le feu de l’action Don José perd un anachronique briquet, vite récupéré par les mômes du premier rang ; illico relancé et brillamment rattrapé, l’action dure quelques brèves secondes et soulève une ovation générale. Air des carabiniers et, dans la salle,
- Sonnerie - (Orange) -

C’est Judex ! Grandiose, probablement décidé à nourrir ma chronique, il décroche et converse, fusillé du regard par le public. Sur scène s’engage une poursuite à la Benny Hill. Imperturbable il continue. Enfin il consent à s’éloigner, s’isole en fond de salle où l’écho nous informe entre autre qu’il repousse son audit d’une semaine. L’intervention d’une assistante de la compagnie n’y fera rien. Il terminera son appel. Le mot forfait possède deux sens. Cet aplomb dans la désobligeance a quelque chose d’admirable.

Carmen s’écroule, morte, en avant scène ; réaction des mômes en cœur : " A respire encore !" puis, au brigadier et leur désignant Don José : « C’est lui qui l’a tuée. »

Fin du spectacle. Je décide de suivre Judex. Scoop ! Il est en famille !

Judex, sa femme et ses enfants parcourent au pas de course la promenade des anglais. Madame prend quelques photos de la scéno en disant « ta-vu-c-bo-pi-ça-bouge » puis passe un appel avec son appareil photo en disant « salut c’est Coco ». Retour au galop vers la sortie et fuite. Fin de l’épisode, ma filature tourne court.

Le lendemain, je scrute la foule. II n’a pas le droit de me planter là au milieu de ma chronique, moi, son premier fan. — rien— Quand j’y repense, Corinne Judex, c’est la classe comme nom, elle doit avoir plein d’amis sur Facebook.

Comme il fait froid et soif, s’offre l’occasion sur les fauteuils chauffants, de capter l’impact gustatif du vin chaud dedans ma glotte frigorifiée. Didier, star des fourneaux-231, s’active au coin resto. Sens du détail oblige : il porte un chapeau identique à celui de l’affiche et sert le fish and chips emballé d’un tabloïd anglais. Sur le comptoir, un croquignolet bocal d’œufs au vinaigre de même origine, me renvoie à Xian il y a 22 ans et 5 mois, devant un funeste plat d’œufs de mille ans. — Mon 11 septembre gastronomique —

Shall we dance ?

Le décor, un dancing suranné, est planté. Charmante distribution de pâtisseries anglaises, j’hérite d’un cookie glacé de mauve. Moelleux et sucré. J’hésite encore à dire s’il était à la violette ou au shampooing.

Sur le plateau, des couples de danseurs silencieux se font et se défont au gré des points clés de l’histoire britannique. Dans la salle le quadrille des photographes s’organise : au premier rang, un couple côte à côte, armé d’imposants téléobjectifs exécute un duo étonnamment syncro. Plus loin un pro virevolte de banc en banc. Arrive un jeune paparazzi néo-rasta arborant un somptueux poulpe capilaire, il s’installe en avant scène et entame une chorégraphie digne de Vandekeybus.

Sur scène la vie défile comme dans la pub CNP (celle qui mit à l’honneur la valse N° 2 de Chostackovitch). Assis, couché, debout, le pt’it rasta est aux anges. Fortement inspiré du Bal d’Ettore Scola, le spectacle, esthétisant, enchaîne lui aussi les clichés, [ Ctrl C - Ctrl V ] , moelleux et sucré, j’hésite encore à dire s’il était à la violette ou au shampooing.

Au début elle est froide, mais après ça va…

Le cyclo-pianiste passe comme une ombre sur la promenade des anglais, semant nonchalamment son public. Sa silhouette homme/machine se découpe au gré des sources luminescentes des arches cyber-végétales. Il croise calmement des parnassiens high tech : l’onirisme affiché des Embruns de lune, se laisse déguster comme un vers pris sur le pouce. L’ensemble est d’une belle cohérence, renforcée par l’arrivée d’une noce freaks qui laisse pantois les badauds : une mariée siamoise chaperonnée d’un freluquet. Le duo (le trio ?), bon, le drio est fascinant. Mais déjà au loin s’entend du gros son qui tabasse. Les siamoises sprintent et tentent l’opération de la dernière chance… Le cyclo-pianiste n’a d’autre issue que de trouver refuge dans le sauna, les Embruns de Lune ne demandent pas leur reste et détallent à qui mieux mieux… Les Granny Turismo débarquent. Trois tueries ménopausées chevauchant des caddies customisés. La forme est originale et d’une efficacité redoutable, ça bouscule tout, ça ose un burning au milieu de la foule en se déhanchant sur un sample de US3. Le tuning a trouvé ses divas.

Guignol’s band

File d’attente de 2 Rien Merci, transi, je mitraille un peu (discrétion oblige, j’utilise un appareil gros comme un Bounty et sans flash). La chargée de prod, acrimonieuse, m’interpelle : pas de photo à l’intérieur monsieur. Oui M’dame pensais-je en m’ exécutant, mais pourquoi ce rance ton et cette face de requiem ?

— eh bah, pas de photos = pas de crobarts.

Ce qui s’offre alors dans la yourte freezer est tournoyant, fort, et célinien en diable. Les pieds nickelés, à peine revisité par Caro et Jeunet, s’expriment par borborygmes. Ceux-là n’aiment pas le confort, et comme dans Guignol’s band il nous fallut parcourir quelques chapitres pour tomber sur d’impeccables pépites. Le minimalisme de l’action a ceci de bien : il permet de faire passer un exercice de jonglage avec feuille de papier à cigarette pour une performance. Je m’extrais du bac à glaçon, j’ai attrapé la mort.

- Bien fait, méchant !

- De rien, merci.

Je découvre enfin le sauna, repaire de quelques doux-dingues amateurs de pur malt. — chaud-froid explosif à l’horizon —

Au bar, en attendant les Magic Number, des trentenaires biberonnent de la Murphys en rêvant d’un CDI.
- tu bois quoi ?
- Je ne sais pas ça à l’air anglais -
- ah, alors si c’est chaud c’est de la bière, si c’est froid c’est de la soupe.

Les siamoises me rejoignent sur le banc chauffant. je leur demande si leur personnage est inspiré du roman français décadent « Le Tutu ». Que nenni, elles ne connaissent pas et se laisse conter l’histoire de ce député qui engrosse une phénomène de foire à 2 têtes et déguste avec sa mère des pièces anatomiques sorties du formol. Hélas, mon anglais valant leur français, ça tourne court. Nous brisons là. Ah, « Le Tutu » ! J’ai longtemps cru à une supercherie littéraire, fomentée par Pascal Pia ou Raymond Queneau dans les année 60, mais en me revoyant sur un banc chauffant dans cette situation de drague excentrique, je me dis que ça a pu être réellement écrit en 1891.

L’assistance se presse autour des Vegetable Nannies. Une jeune de 18 ans se voit confier l’allaitement d’un concombre langé. Elle lance à ses copines : « eh ! Les filles, je suis baby sitters de courgette ». Toi la coquette, ton boyfriend va se régaler de ton premier gratin de concombre.

Aucune résonance contemporaine chez les deux Strangeling. Malgré tout, ils vous embarquent énergiquement une foule XXIe dans une virée Victorienne et charlatanesque à souhait. Qu’on se le dise : Monsieur Loyal (en français dans le texte…) et Tolley-boy sont franchement drôles. Houdini le chat en bocal rend les mômes hystériques. L’homme-crevette (fils caché de John Merrick et de Susan Boyle) est burlesque et touchant. Le God Save the Queen entonné par le tigre-nain-albinos, une pure marade intergénérationnelle.

Pur chauvinisme, et partant, je songe à Pierre Claude Loyal, le vrai môssieur Loyal, à sa tombe caennaise, au frêne facétieux qui pousse entre ses jambes.

Texte et croquis : Fabien Persil

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