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Sur la route de Ouagadougou

mercredi 29 juin 2011 , par auteur Sylvain Marchand

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Compagnie croisée du réseau ZEPA, Les Trois points de suspension ont présenté lors de la 22e édition du festival Viva Cité à Sotteville-lès-Rouen, Nie Qui Tamola, un dispositif documentaire qui propose une immersion dans la pensée de Daniel Meynard, sage fou et avant-gardiste, penseur de l’Afrique, des relations franco-africaines et des idées reçues, décédé à Bamako l’année dernière.

Dimanche 26 juin – 17h30, sous une chaleur pesante, une centaine de personnes attend patiemment à l’ombre de l’Atelier 231 pour assister au spectacle des Trois points de suspension, Nie Qui Tamola (l’œil voyageur). Intrigués par ce qui peut bien se cacher derrière ces grandes palissades en bois occupant plus de 600m2 d’espace, nous franchissons la porte de Nie Qui Tamola accueillis par les sonorités afro-cubaines de « Viva Ouagadougou », chanson d’Alain Barrière de la fin des années 60 qui reviendra à plusieurs reprises, comme un gimmick, durant le spectacle.

Une "chenille" humaine de plusieurs mètres de long sera d’ailleurs impulsée quelques instants plus tard par la compagnie sur ce même morceau. Le ton est donné, cette exposition en l’honneur de Daniel Meynard s’envisage comme une fête - à l’image d’une fête de quartier - où l’on prend le temps de s’amuser et de discuter. La durée du spectacle, officiellement de 2h30, nous projette sur un autre fuseau horaire : celui de l’heure africaine, un espace-temps extensible, incertain, changeant au gré des événements sur lequel notre culture occidentale n’a aucune emprise.

Chaque membre de la compagnie, vêtu de blanc, lunette vissée sur le nez, arborant une moustache à la façon d’un Patrick Dewaere dans Adieu Poulet nous invite à se rapprocher du bar africain. Certains choisiront les transats, d’autres s’intéresseront aux installations vidéos et audios. Quelques groupes de privilégiés auront la chance d’assister à une présentation « power-point » du projet Arc-en-ciel, certainement le projet le plus ambitieux de la carrière de Daniel Meynard.

L’installation fourmille d’objets insolites et technologiques. Suscitant notre curiosité, c’est avec étonnement que nous découvrons les trouvailles absurdes et loufoques d’une compagnie qui a érigé l’humour décalé au rang d’un art savamment maitrisé.

Mais la proposition artistique est dense et nous ne pourrons pas tout voir. Alors on choisit de suivre tel ou tel groupe, arpentant les couloirs formés par les palissades à la découverte de « l’espace mental de Daniel Meynard ».

Rien ne semble avoir été laissé au hasard. La compagnie a d’ailleurs travaillé plus de 2 ans et demi sur ce spectacle et séjourné plusieurs fois en Afrique de l’Ouest multipliant ainsi les rencontres et les expériences.

La deuxième partie du spectacle, appelée « le show documentaire », consiste en une performance solo du comédien, Jérôme Coulloud, qui incarne durant une heure tous les personnages clés de la 5e république ayant joué un rôle déterminant dans les relations franco-africaines. Véritable tour de force pour ce comédien qui assure à la fois les bruitages, les imitations et les parties musicales. En 3 actes, cette prestation est entrecoupée d’impromptus (coupés)-décalés menés par les autres membres de la compagnie.

Proposé sous la forme d’une exposition et d’un « one-man » show documentaire, Nie Qui Tamola invite donc le public à prendre le temps de se replonger avec humour dans les relations qu’entretient la France avec ses anciennes colonies africaines. A l’image de la tradition littéraire des récits de voyage, ce carnet de bord mélange à la fois installation mécanique, collage, vidéos, mini-conférence, intervention musicale…

Avec impertinence et dérision mais s’appuyant sur les faits historiques et tragiques, Nie Qui Tamola montre par la même occasion le portrait d’une génération désenchantée, désabusée mais consciente des difficultés du rapport à l’identité.

Certains resteront encore un peu à la fin du spectacle, pour boire un dernier verre ou échanger quelques mots avec la compagnie, et en fond sonore toujours la voix d’Alain Barrière qui chante :

Sur la route de Ouagadougou
Nous viendrons du moins je l’espère
Africain mes frères, chanter Ouagadougou

Photos : Sylvain Marchand

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