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Tilted à Z’artsUp

mercredi 16 mai 2012 , par auteur Simon Le Doaré

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Tilted - ’Seesaw’

Dans un cadre bucolique, à la « Gare de l’eau » de Béthune, les danseurs de Tilted nous proposent 8 courtes pièces, traitant de notre rapport à l’eau.

La première scène nous donne à voir un repas en tête à tête, sur l’air des dents de la mer. Les danseurs travaillent ici à revisiter des mouvements quotidiens et pragmatiques que nous faisons pour mettre la table, ouvrir une valise, ou une boite de sardine, ou encore, servir du vin. Le rapport à l’eau est suggéré par les liquides colorés du vin et du jus des sardines, les interprètes en finiront couverts. La chorégraphie est très écrite, probablement la plus écrite de ces courtes pièces, les mouvements sont précis, souvent exécutés à l’unisson, et l’ensemble est très dynamique. Plein d’humour, ce premier travail nous fait rentrer dans l’univers de Seesaw, pour mieux apprécier encore les 7 propositions à venir.

La seconde pièce est basée sur les bouteilles en plastique. Ou comment déformer le corps humain avec des bouteilles en plastiques. Des êtres aux bras alongés, ou qui nous apparaissent démesurément musclés, ou encore dotés d’une épine dorsale particulièrement prononcée évoluent lentement sous nos yeux, provoquant des rencontres improbables, jusqu’au combat de titans final.

Deux de ces danseurs à bouteilles nous emmènent le long d’une route, jusqu’à la troisème étape.

Là nous nous retrouvons face à 3 danseurs enduits d’un liquide huileux et de matière noire peu ragoutante, laissant tout de suite penser à des oiseaux marins victimes de marées noires ou autres pollutions. S’en suit un ballet douloureux, pathétique, comme une lutte pour rester debout. Nos oiseaux ne font pas long feu, et sont vite recouverts d’une vague plastique transparente, jusqu’à ce qu’il cessent totalement de bouger.

Puis une pièce transitoire, plus courte que les autres, un danseur en scaphandre évolue lentement, comme s’il était dans l’eau, pour au fur et à mesure de sa progression nous écrire sur un mur « écoutez les coquillages ».

Et en effet, un peu plus loin, nous pouvons écouter des coquillages supendus le long d’une rambarde qui court le long du plan d’eau. Nous y entendons la mer bien sûr, et, au moyen d’écouteurs placés à l’intérieur, un texte poétique qui introduit la suite du spectacle qui se déroule sur l’autre rive. Deux danseuses, une bouée de sauvetage et un mégaphone. Les interprètes évoluant de l’autre côté du petit lac, nous les voyons de loin, qui jouent avec leurs objets, leur donnant une autre vie, une autre utilité que celle qu’ils ont a priori.

Après un nouveau déplacement, un gros rocher se déplace, porté par deux danseurs, pour arriver sur une mer d’herbe. Les danseurs se succèdent par duos, jouant avec les limites : il ne faut pas tomber du rocher. C’est un peu leur radeau de la méduse. On se pousse, on se retient, des échanges tout en finesse, en transfert de poids, un beau travail d’équilibre et de jeu avec les limites.

Une nouvelle vague de danseurs arrive, tandis que le rocher s’éloigne. Ils sont tous là, avec des bouées de sauvetage rouges, à l’ancienne. Une chorégraphie de groupe, synchronisée, occupant un large espace, comme des naufragés, portés par une unique bouée, qui tentent d’échapper à la noyade, bien qu’ici nous avons à faire à une mer verte, dont les vagues sont des brins d’herbe. Il finissent par creuser cette mer et plonger, tête la première dans ces trous, créant ainsi l’image d’une chute immobile, interminable.

La dernière scène touche le sujet du rapport à l’eau d’une façon bien plus directe puisqu’il s’agira pour une danseuse de s’immerger dans un bac à demi rempli d’eau. Une prudente approche, découverte de l’eau avec les membres, puis la tête, jusqu’à s’y plonger totalement, et nous regarde à travers l’eau et les parois de ce bac transparent.

Une pièce poétique, offrant de nombreux axes de lectures, qui traite de son sujet par des aspects à chaque fois différents, dans un cadre bucolique fort agréable. Une immersion en somme.

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