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Barricade « Viens, on fait le mur »

vendredi 13 juillet 2012 , par auteur Antoine Boyer

« Tout va bien ». « Pas de panique ». C’est ce que répète, dans son haut-parleur pour émeutes, un Loyal post-apocalyptique à la foule qui s’approche d’une structure qui tient drôlement du Dôme du Tonnerre de Mad Max, du bateau-pirate de Peter Pan ou de la cabane dont les Goonies ont toujours rêvé. L’orchestre s’installe et démarre l’ambiance (car dans la tradition circassienne la musique est interprétée live par un groupe – ici l’Immortal Orchestra). Des hommes en noir sillonnent le public, en grappes alignées. Ce sont les légions anonymes d’un quelconque ordre autoritaire, portant sur leur mine vide toute l’ubuesque suffisance des brutes au service du Cauchemar d’Etat. « Tout va bien »…

Evidemment, c’est un mensonge. En un instant, c’est bien sur la panique. Des échelles géantes juchées en autant de mâts d’un vaisseau corsaire échoué en milieu urbain, tombent en hurlant les performers alors que la musique s’emballe. Se balançant à des cordes et des pneus, virevoltant de toutes parts, les acrobates occupent tout l’espace, se jettent à corps perdu dans la bataille. C’est l’abordage, l’hallali. Au cri de « ceci est notre barricade », les corps s’arrêtent un instant. Les sentiments de sécurité, de confort et d’équilibre jetés aux oubliettes, on peut commencer. Et là, par tableaux allant croissant dans la voltige et l’équilibre, le danger et le frisson se posent en moteur de la vie. La lecture effrénée de gros titres catastrophiques sert de fil conducteur à cette pièce où tout s’envole ; on y danse, on s’y meut pour résister.

La « barricade » à franchir est-elle la pression sociale incarnée par les agrès posés comme autant d’épreuves initiatiques ? Ou finalement c’est l’art en lui-même qui se retrouve érigé en barricade contre les catastrophes qui nous entourent ? Au spectateur d’en prendre ce qu’il veut -et surtout ce qu’il peut, entre deux séries de prouesses physiques ébouriffantes. Oui, on a peur. En faisant face au déséquilibre, on s’arme mieux contre ceux du monde. Nouveau cri : « Il faut se battre ». Plus aucune ambigüité : NoFitState délivre bien ici le manifeste de sa discipline comme forme de lutte. En une chorégraphie très hong-kongaise où le feu attise la colère, les acteurs se battent. Pour de bon. Quoi de mieux que le kung-fu, art martial des pauvres qui retournent les outils du quotidien contre leurs oppresseurs, pour signifier tout le désespoir de la lutte en même temps que sa nécessité ?

Puis, après un feu d’artifice final, les lumières s’éteignent peu à peu. Le relai est transmis au spectateur, adoubé chevalier-acrobate maintenant apte à jongler avec son quotidien, à sa façon. A son tour d’escalader ses propres barricades.

Photos : S. Marchand

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