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Les impressions de Barnaby sur le travail avec VO Compagnie à Hat Fair

mercredi 7 juillet 2010 , par auteur Barnaby Gibbons (traduction Valérie Gooch)

trad article traduction [English] [français]

Travailler avec V.O. Companie sur leur spectacle Le Nettoyeur de Vent pour le festival Hat Fair à Winchester a été une superbe expérience, pleine d’opportunités et de défis pour un artiste-interprète.

Toute personne qui a lu la note du traducteur au début d’une pièce ou d’un livre le sait : la difficulté principale d’une traduction est de rendre le texte intelligible pour le lecteur tout en restant fidèle aux idées originales de l’auteur. Heureusement pour moi, j’ai travaillé directement avec l’auteur de ce texte et ensemble nous avons pu créer quelque chose qui était à la fois nouveau et fidèle à l’original.

Tenir le rôle de traducteur-acteur était particulièrement intéressant en raison des particularités de la forme de ce spectacle. C’est une installation sur 5 jours autour de quelques arbres au cœur d’une ville et d’un personnage, Nicolas Gengoux, le « guérisseur d’arbres », dont le travail consiste à « déstresser » les arbres des villes en ravivant, au fond d’eux, le souvenir de la forêt primitive. (Un souvenir qui est profondément enfoui dans la mémoire collective et génétique de leurs cellules).

Le sujet est évidemment loin d’être banal et présuppose :

  • Que les arbres en question soient malades (les tilleuls de la cathédrale de Winchester étaient en excellente forme).
  • Que les arbres soient doués de conscience et partagent une conscience collective.
  • Que ces arbres puissent être guéris par une forme de thérapie psycho-spirituelle et physique.

Tout ceci se passe dans le royaume de l’imaginaire théâtral, mais soulève vraiment la question de l’ambiguïté du spectacle. Par cela je veux parler des questions que le passant pourrait se poser.

Est-ce réel ?
Ces gens (les acteurs) le croient vraiment ? Si oui, sont-ils fous ou sont-ils des scientifiques révolutionnaires ?
Est-ce juste une pièce de théâtre ? Si oui, où sont les rideaux, ou au moins un bout de corde pour s’assoir ou rester debout derrière ?

Donc ce spectacle c’est un peu comme marcher sur une corde raide assez longue. Comment permettre aux passants de laisser leur curiosité prendre le dessus sur leur timidité et s’aventurer dans le monde poétique du Nettoyeur de Vent ?

Bien sûr, le spectacle était déjà écrit et a été joué plusieurs fois auparavant par Didier et son équipe et les méthodes pour encourager le public à devenir spectateur ont été testées. Le défi était : comment traduire tout cela en anglais ? Comment le public anglais réagirait-il et est-ce que les mêmes méthodes utilisées en France fonctionneraient en Angleterre ?

Le Nettoyeur de Vent est l’histoire de Nicolas Gengoux et l’expérience du public repose sur l’intimité créée entre lui-même et le très charismatique Gengoux. La difficulté était de savoir comment présenter l’histoire particulière d’un homme et de ses arbres quand on est deux. La dynamique d’un duo, par opposition à un solo, n’est pas la même. Il était important de donner assez d’espace entre Nicolas Gengoux et Peter Parkin (le traducteur anglais) afin de permettre au public une approche facile.

Un autre défi était aussi de créer une relation autre que la simple relation entre l’acteur et son traducteur, donc le traducteur a besoin d’être un personnage dans la même façon que Nicolas Gengoux est un personnage, avec une histoire, une famille, un travail, etc. Apparaît Peter Parkin, le comptable francophone de Kew Gardens (Les Jardins de Kew).

Kew Gardens était une bonne idée. Le fait qu’ils se soient impliqués a donné beaucoup de crédibilité au projet. (Peter Parkin portait un badge nominatif avec le logo Kew dessus. C’était comme un pass « libre-accès » poussant le public à y croire encore plus). L’histoire étant que Kew Gardens, ayant entendu parler des résultats incroyables du travail de Gengoux sur le saule pleureur près du Lac de Genève, aurait financé son voyage d’étude en Angleterre, comme faisant partie d’une étude pilote. Si les résultats s’avéraient concluants alors un éventuel programme de formation, impliquant des jardiniers municipaux de tout le pays, pourrait bien être mis en place. Dans l’ensemble le public a été convaincu.
Tout en nous donnant de la crédibilité, l’histoire de Kew nous a aussi apporté une relation solide, qui non seulement nous a aidé nous, en tant qu’interprètes, mais aussi le public dans sa compréhension.

Il était aussi important qu’au centre de l’échange entre le public, Nicolas Gengoux et Peter Parkin il y ait le travail que Nicolas exécute et non pas simplement le fait d’observer « une double action ». Nous jouions ’le fait de ne pas jouer’, effaçant la ligne entre le théâtre et la réalité, entre l’exécution et la posture, pour permettre au public d’accepter un monde avec des frontières légèrement plus larges que la norme donnée.

En résumé, je pense que le public de Winchester a pu éprouver le monde poétique et magnifique du Nettoyeur de Vent. Je crois qu’au cours des 5 jours nous avons vraiment réussi à « faire partie du paysage » (en référence aux termes de la publicité du spectacle).
Malgré le fait que Didier ne parle pas anglais, son immense charisme a attiré les passants britanniques, les convaincant de laisser leur scepticisme derrière eux et d’errer dans le monde désinvolte du Nettoyeur de Vent, habillés par l’envie de croire et enveloppés dans une petite écharpe, que sans l’ombre d’un doute, ils ont apporté avec eux.
La relation entre Nicolas Gengoux et Peter Parkin était crédible et très amusante à jouer. Elle a été un outil de traduction performant et très utile pour maintenir l’intégrité du spectacle tout au long de son « exportation ».

J’aimerais remercier Didier et tous les membres de V.O. Compagnie pour leur accueil chaleureux tout au long du processus de création. Je voudrais aussi réitérer les mots de remerciement de Didier à Sian Thomas dont la croyance dans ce projet a permis sa réalisation et, par là même, contribue à élargir les perspectives du théâtre de rue britannique.

BARNABY.

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